Charlotte Cardin - Big Boy EP

Depuis sa participation à la finale de La Voix en 2013, Charlotte Cardin a gagné un bagage de maturité très dense, a peaufiné le registre de sa voix et a su construire et façonner plus d’un univers musical. Toute cette richesse s’entend sur son premier EP, Big Boy, dont déjà quatre pièces sur six avaient été révélées.

Portrait en noir et blanc de Charlotte Cardin qui regarde de profil et se passe la main dans les cheveux.

Charlotte Cardin - Crédit : John Londono.

L’album court s’ouvre sur la chanson titre du EP, un morceau à l’électro-pop très minimaliste, gorgé d’un groove latent. On est capté par l’aspect très piano-bar de cette chanson, qui pourrait être propulsée depuis le coin sombre d’un cabaret. On demeure néanmoins dans un texte sans grandes révélations qui n’est définitivement pas parmi les plus puissants de l’ensemble  : « My boy is not a man yet/But boy do I love it when you kiss my neck/Oh boy last night was perfect ».

La voix qui fait tout

L’instrument vocal est davantage exploité sur Like It Doesn’t Hurt, où l’on peut également entendre Husser (The Posterz). Le texte plus étoffé nous amène dans une attitude carrément nouvelle, donnant un côté moins fragile à la jeune auteure-compositrice : « I’ve been around/Your body upside down/But I can’t touch you /In any fucking way /I know you are/I know you are/So lovely it’s absurd/Cause it doesn’t hurt ».

Du côté des nouveautés, on peut ensuite entendre Dirty Dirty qui nous fait plonger dans un groove plus assumé. Elle y explore les aléas du désir et de la jalousie avec finesse et audace : « So I can cry for my age/My life and my face/And i will/Wash off all the dirty, dirty thoughts/So I can cause I got /So much she has not ».

Second morceau non-préalablement-dévoilé, Talk Talk révèle le style enveloppant à la Milk and Bone sur une trame électro plus dénudée. Le texte nous amène sur le mal du siècle à l’ère des médias sociaux; ceux et celles qui observent les autres aller, parlent d’eux en leur absence, pour ensuite leur sourire comme si de rien n’était : « Now I can't brush off/All the talk/And they say/You talk about me/Now I can't brush off/All the talk talk shit they talk ».

En français, après

Ce sont les deux pièces en français qui viennent clore la marche. D’abord, Les échardes, où Charlotte Cardin se fait sensible et lyrique appuyée par un texte puissant : « Temps perdu, fils que l'on rattache/Des échardes que l'on s'arrache/Mais je voudrais que tu saches/L'épine au cœur se replace ».

Faufile, quant à elle, est présentée simplement sur une mélodie de piano. L’exercice vocal y est impressionnant. Les mots répétés « Tu te faufiles/Entre mes lignes » créent une image poétique forte.

À la suite de notre écoute, on demeure perplexes devant le choix du EP, alors que l’on sent que l’ensemble était assurément mûr pour un album complet. Avec ce qui a été semé sur Big Boy, les attentes seront gigantesques pour le LP qui ne devra pas tarder à arriver, question de ne pas laisser en plan les âmes musicales qui auront vite besoin d’être rassasiées.

Date de sortie : 15 juillet 2016.