CRi - Oda

Pas facile de se démarquer dans la jungle du beat montréalais, là où un nombre incommensurable de producteurs de talent perfectionnent leur son avec rigueur et acharnement.

Mais avec ce deuxième EP, CRi a trouvé son horizon et peut s’en féliciter. Beaucoup plus qu’une carte de visite qui s’en tient à présenter les capacités techniques de son créateur, Oda développe une esthétique musicale bien précise, celle d’une house vaporeuse et vulnérable qui impressionne par ses progressions mélodiques fluides, enivrantes.

En ouverture, Pearl flirte avec un R&B froid, paradoxalement sensuel. Les élans vocaux bien dosés de la jeune chanteuse montréalaise Compton Chic se fondent à merveille à l’univers post-dubstep, à mi-chemin entre Purity Ring et James Blake, créé par CRi et sa comparse multi-instrumentiste Ouri.

La pièce-titre suit, toute en finesse. On sent ici un désir de dénaturer la house pour la rendre plus fragile et flottante, à la manière d’un Jacques Greene. La basse, persistante, prend sa place autour d’un fuzz métallique qui dessine tranquillement son apogée. 380B opte pour la même recette : la basse s’efface pour mieux revenir, à travers des transitions graduelles qui s’entremêlent doucement.

Plus répétitive, Side envoute l’auditeur grâce à ses synthés intermittents et ses bribes vocales indéfinies qui viennent soutenir la rythmique linéaire. Point culminant de l’œuvre, To Run joue avec un contraste mélodique fort inventif : en premier plan, un synthé saisissant à la Moderat et, en toile de fond, une berceuse cyclique légèrement déréglée.

Portée par la voix naïve de Helena Deland, une émule de Megan James avec des intonations un peu plus chaleureuses, la chanson s’avère une magnifique conclusion à la fois planante et instable, riche en émotions et en harmonies. Un coup de maître.