CRi - Remix EP Oda

Paru en mai dernier, Oda s’est rapidement imposé parmi les parutions les plus mémorables de la scène électro québécoise en 2014.  En développant une esthétique musicale bien précise, celle d’une house vaporeuse qui impressionne par ses progressions mélodiques fluides et enivrantes, CRi avait réussi un véritable coup de maître.

Cinq mois plus tard, le producteur montréalais donne une seconde vie à l’œuvre la plus aboutie de sa jeune carrière en proposant un album de remix audacieux, qui met l’accent sur le talent brut d’une dizaine de producteurs locaux à surveiller.

Tous doués, les remixeurs entrevoient différemment leurs relectures : certains s’en tiennent à un remix classique, dans l’ordre des choses, en amenant la base de la mélodie vers divers horizons, alors que d’autres optent plutôt pour une dénaturation complète de la chanson, développant ainsi un objet créatif à part entière.

Le producteur montréalo-torontois KwikFiks fait partie de la première catégorie. En ouverture, son remix de Pearl garde en trame de fond la voix soul de Compton Chic, tout en la posant sur une rythmique plus techno, faite sur mesure pour les pistes de danse. Même genre d’exercice pour Xavier Leon, du duo électro québécois Sibian & Faun, qui, lui, mise sur une structure évolutive, de plus en plus intense et ponctuée de voix vaporeuses.

Le Montréalais WYLN respecte également l’esprit de la pièce originale en donnant à Oda des lueurs trap, rehaussées par une basse futuriste et une  ambiance mélancolique générale. L’étudiant en musiques numériques à l’Université de Montréal, Donevan Adams, mise sur une formule planante – le juste milieu entre la touche Cri et la sienne. À l’inverse, Magical Mistakes est confronté à une structure trop rigide qui, à force de constamment se calquer sur l’originale, finit par perdre de son intérêt.

Pour éviter de tomber dans ce piège, les cinq autres producteurs ont préféré complètement transformer les pièces et ainsi leur donner un cachet plus singulier.

To Run prend des tangentes inespérées entre les mains du compositeur montréalo-parisien Ouri, qui lui confère une tendance minimaliste aux intonations embrumées. Même genre de dépouillement sur Pearl avec VNCE (de Dead Obies), qui empile les sons éthérés et les intègre dans un enrobage progressif fort inventif.

Le drum and bass se met de la partie en cours de route. Le producteur techno expérimental de 18 ans, Robert Young,  crée un habile contraste, en jumelant à la mélodie onirique de To Run une rythmique crue et effrénée. L’artiste canado-allemand Rosewater CTZ y va du même genre d’expérimentation sur Pearl, tandis que Phil Sparkz navigue comme bon lui semble entre différents tableaux mélodiques, construits à partir de l’apaisante voix de Helena Deland. Grâce à la multiplication de ses univers et au talent indiscutable de ses jeunes créateurs, Remix EP Oda vise juste.

Dommage, par contre, que les pièces 380B et Side aient été mises de côté…