Crosss - LO

Le trio Crosss se veut trop métal pour la scène indé et trop champ gauche pour les puristes. Sur LO, leur deuxième disque, le groupe mené par le chanteur et guitariste Andy March rappelle que le pari de l'audace récompense les plus téméraires tout en éloignant les oreilles sensibles.

D'Halifax à Toronto, via une planche de Ouija

LO marque la fin d'une époque chez Crosss. Nathan Doucet et Ryan Allen, deux des membres originaux, ont quitté le groupe après l'enregistrement du disque. Bien que formé à Halifax, le trio était éparpillé entre Toronto et Halifax. LO immortalise cette formation, aujourd'hui complétée sur scène par le batteur Kris Bowering et la bassiste Scarlett Rose.   Dès le départ, March étale la portée du caractère occulte du disque. « Come to my grave », demande-t-il d'une voix aiguë sur Interlocutor après avoir parlé de magie noire. La section rythmique pèse lourd, mais Crosss préfère le groove à la nonchalance. LO donne l'impression d'une rencontre entre Syd Barrett et The Melvins à un concert de Neurosis.

D'ailleurs, malgré ce caractère ténébreux, les neuf chansons émergent plutôt d'un brouillard dense et épais qui recouvre le port abandonné d'une ville fantôme imaginaire. En alternant entre les styles musicaux, Crosss peut jouer autant sur les intentions doom métal, que sur le rock psychédélique, en étirant les mots comme des mantras.

Dans les bons moments, le trio fait embarquer le mélomane dans un bourdonnement qui emporte les sens, comme dans un vieux film d'horreur en noir et blanc. Ça marche, sauf quand le groupe perd son équilibre entre la concision et son caractère ésotérique.

Si les répétitions mélodiques et l'absence de constructions aident la machine à demeurer bien huilée, cela favorise également la redite, sans pour autant embarquer dans la proposition. Chacune des chansons se tient debout, mais dans l'ensemble, elles n'arrivent pas à se distinguer tant elles se ressemblent.

Bon matin, Lovecraft et Allan Poe

Les huit premiers titres de LO se répandent sur une vingtaine de minutes, marquée par la minimaliste pièce acoustique Dance Down et le délire macabre Kaloo Kaley.

Puis, Crosss livre sa pièce de résistance en fin de compact : Enthroning the 4 Acts, une construction sonore instrumentale de 18 minutes. Les sons inquiétants s'empilent les uns sur les autres à l'intérieur de ce voyage sonique au fond des ténèbres, pour céder leur place à de longues tonalités qui résonnent de manière à réveiller Lovecraft et Edgar Allan Poe. La patience des audacieux sera récompensée, tandis que les autres n'en pourront pas d'attendre la fin de ce bruitage infernal.

Une fois, deux fois, vendu

Si la première moitié de LO dévoile ses secrets d'un coup, Enthroning the 4 Acts mérite plusieurs écoutes pour se laisser absorber pleinement par l'environnement sonore de Crosss.

Malgré ses failles, ce deuxième album réunit le côté sombre de plusieurs sous-genres musicaux sous une oeuvre cohérente. À l'avenir, souhaitons que Crosss continue d'explorer de nouveaux terrains soniques tout en s'inspirant de ces expéditions bruyantes, pour réconcilier ses chansons plus traditionnelles à son désir de conquérir les musiques sombres.