Dead Obies - Collation Vol. 2 – Limon Verde: La Experiencia

Il ne faudrait pas passer sous le radar le dernier album de Dead Obies sous prétexte qu’un débat sur le franglais fait rage entre intellectuels nationalistes et… et qui donc? Enfin, peu importe.

Reste que la formation a tout de même pris le temps de livrer un deuxième mixtape toujours aussi libre et pertinent. L'album s’intitule Collation Vol. 2 – Limon Verde: La Experiencia et fait suite au premier album du sextuor, Collation Vol.1. D'abord suante, collante et enfumée sur C'est mort - dans une jungle semi-tropicale entre Montréal, les favelas du Brésil et un appartement dans un sous-sol du Sud Sale - la bande de hip-hop nous invite dans les méandres rythmés de leur slang.

Ça tangue entre franglais et fusils qui tirent à bout portant. Parfois la langue se fait vulgaire, intense et irrévérencieuse, comme sur Le Do It, Fuckboyz et Dead Wrong; cette dernière pièce, comme son titre l'indique, est pas mal wrong, crue, vulgaire et... délicieuse. On nous offre des «J'lave ma dick avec de l'eau bénite» et autres bijoux.

À noter Fuckboyz, probablement le seul moment de l'album où la formation prend position sur ses propres contenus : « Pis c'est pas du rap Québ / NON! / Non c'est pas du vrai rap Québ / NON! / Ça c'est juste un remind qui s'adresse à ceux qui me hate parce que je fais pas du vrai rap Québ ». Le remind en question est le mixtape au complet, expérimental jusqu'au bout des ongles. Enchaîne #LIMONVERDE, LA piste de l'été. De magnifiques rythmes épousent cette piste avec des airs enjoués de célébration. « On va fêter toute la journée, on va célébrer », répète Snail Kid dans un hotbox enfumé, imagine-t-on facilement. Ensuite, avec H.O.P.E., l'intonation est langoureuse, collante et quasiment sensuelle lorsqu'on entend 20some (?) répéter le nouveau leitmotiv : « I got my swag on ». Ingénieux lorsqu'il débute la merveilleuse tirade « I got a smile on my face, dope in my pocket... », on sent une ambiance collée au R&B et les paroles deviennent plus chantées que rappée, enrobées dans une ambiance jazzy et soul. Tout aussi langoureuse, I get High est un merveilleux hymne au weed.

On est directement entre Haïti et la Jamaïque (j'extrapole), avec le refrain qui, encore une fois, se fait plus chanté que rappé. Il se passe quelque chose de très bien sur Limon Verde. Les gars se sont offert une liberté afin de s'ouvrir au rap, au post-rap, en explorant des avenues plus expérimentales, plus chaudes, moins rapides et effrénées. Ils sont détendus, sans rien à prouver à personne. Rappant davantage sur du downtempo et expérimentant avec de nouvelles influences américaines. Très solide job de VNCE aux rythmes, il prouve encore une foi son talent au niveau de la production en livrant des partitions musicales intelligentes, bien fignolées et créatives. Il s'agit clairement d'un album pour l'été qui remplacera tous les autres albums indie-pop-summer habituels.

La seule ligne directrice de cette mixtape, outre le désir d'expérimenter, est cette recherche du Limon Verde, un des cannabis les plus purs au monde. Une quête que les rappeurs ont choisi d’illustrer avec des extraits d'un documentaire de VICE sur le cannabis en Colombie, et des ambiances de jungle.

Reste qu'il s'agit d'un album authentique, libre et ô combien délicieux.