LaF – Monsieur-Madame

Sextuor hip-hop montréalais au talent évident, LaF vise juste avec Monsieur-Madame, un premier album qui témoigne d’une chimie naturelle et d’une expertise musicale certaine.

Photo de couverture : pochette de Monsieur-Madame.

Amis depuis leurs belles années au Collège Notre-Dame,  école secondaire privée de l’ouest de Montréal, les rappeurs Bkay et Mantisse ainsi que le producteur Lloyd$ ont rapidement cultivé un intérêt semblable pour le hip-hop. Se liant d’amitié avec plusieurs autres artistes dès le début de leur cursus cégépien à Saint-Laurent, notamment le rappeur d’origine parisienne Jah Maaz et son frangin producteur Oclaz, les jeunes artistes ont créé le collectif LaFamille MTL en 2014.

Après avoir dévoilé quelques chansons sur leur page Soundcloud, notamment la populaire À la vôtre (qui a récemment dépassé le cap des 20 000 écoutes), les acolytes ont donné quelques spectacles de fin de session, puis ont rencontré plusieurs autres révélations de la scène hip-hop montréalaise comme L’Amalgame.

Le collectif LaF pose sur le toit d'un immeuble.

LaF. Crédit : Felipe Arriagada.

Fort de ces nouvelles alliances, le noyau dur du collectif (qui, à son paroxysme, comptait une dizaine de membres) a pris les rênes du projet, amorçant un «rebranding» qui a mené à la création du groupe LaF au début 2016 et, conséquemment, à l’élaboration d’un premier album complet durant l’été.

Oeuvre conceptuelle

Jointe en cours de route par le producteur BLVDR, qui a contribué au mixage et à l’habillage sonore organique de l’album, LaF présente une œuvre conceptuelle maîtrisée qui s’ancre dans une routine hebdomadaire étourdissante, parfois déprimante.

Ode à la détente journalière et au « puff puff chillin » qui suivent une épuisante journée de travail, Maison donne le ton avec ses tonalités neo-soul vives. Dans un style tout aussi enveloppant mais plus vigoureux, la suivante Fleurs met en valeur la polyvalence des trois emcees et particulièrement le contraste entre l’intensité débordante de Mantisse (qu’il gagnerait d’ailleurs à contenir davantage sur l’ensemble de l’album) et le flow posé, plus juste, de Jah Maaz.

Lloyd$ explore ensuite des horizons trap et jazz sur Dimanche, chanson aux textes plus profonds qui dévoile une approche rap décomplexée, semblable à ce que proposait L’Amalgame sur Pognés sur l’île. Récit quelque peu amer d’un week-end fort en intoxication, LateNightPerche précède la suite logique 6h30, état des faits d’un lundi matin miné par la peur de «finir zombie».

Signature musicale bien définie

S’ensuivent quatre chansons qui, à leur manière, évoquent les aléas d’une routine aussi insipide qu’étourdissante : la dance contagieuse Pas l’temps, la jazzy accrocheuse Cours pas sans run, la neo-soul lumineuse aux contours disco GareMatinSoleil et l’impétueuse mais surchargée Jour de paye.

Après une semaine forte en rebondissements, LaF trouve finalement son eldorado sur Le way out, pièce qui met l’accent sur la chimie entre Bkay et Mantisse. Enfin, Oclaz et Lloyd$ volent la vedette chacun leur tour sur les deux dernières chansons, Was it real et UnderWaterLove, prouvant hors de tout doute qu’une version instrumentale de l’album aurait également sa place dans un futur rapproché.

Mais même au-delà de la signature musicale irréprochable, Monsieur-Madame demeure une entrée en matière plus que respectable pour trois jeunes rappeurs ambitieux qui, en dépit de quelques rimes pauvres, s’imposent comme des révélations à surveiller de près sur la scène hip-hop montréalaise.