Laura Sauvage - Extraordinormal

Vivianne Roy, connue au sein du trio folk Les Hay Babies, nous avait mis la puce à l’oreille quant à une carrière solo l’automne dernier, en dévoilant Americana Submarine, un premier EP paru sous le pseudonyme Laura Sauvage. C’est toujours sous cette appellation qu’elle présente ce mois-ci Extraordinormal, son premier album solo; du rock brut aux accents blues.

Photo de couverture : pochette de Extraordinormal.

Vivianne avec des lunettes et un chapeau de marin.

Laura Sauvage - Crédit : LePetitRusse.

Co-réalisé par Dany Placard qui prête également sa basse au projet, Extraordinormal dévoile également les percussions et la batterie de Mathieu Vezio, les claviers de Ben Bouchard, également à la prise de son, et la guitare magique d’Olivier Langevin de Galaxie.

Ce qui marque à la première écoute est l’unicité du projet. Ce n’est définitivement pas ce qui se fait aujourd’hui. Si on reconnaît la facette grunge rock garage des Muscadettes, on est ici complètement dépourvus du côté surf rock, voyageant plutôt dans une ambiance de campagne poussiéreuse ou de longue balade sur l’autoroute.

L’album s’ouvre sur le single Rubberskin, l’histoire d’une vieille dame seule qui décède à travers les boîtes de bouffe pour chats. Les couplets sont rythmés par des percussions qui mettent l’accent sur seulement certaines parties des paroles. C’est tout de suite accrocheur. Pièce cynique de l’album, Cyanide Breath Mint, une reprise de Beck, permet à Laura Sauvage de s'approprier ces mots : « I got a funny feeling/They got plastic in the afterlife. »

Le nouveau rock band féminin

Have You Heard The Good News laisse entendre une forte tendance de rock band féminin des années 90. Les guitares de Langevin sont captivantes. Elle sait bien s’entourer cette Laura Sauvage ! Semblerait-il qu’on peut entendre Dany Placard jouer du jouet pour chien en forme de poulet sur cette toune. Mon oreille cherche encore, mais je trouverai !

Jesus Wants To Be My Buddy révèle un son plus féminin avec des harmonies de lalala. White Trash Theatre School est quant à elle la parfaite chanson de film d’école secondaire des années 80. S’ils font un remake de Breakfast Club, d’après moi, ça va être ça la soundtrack.

Réflexion sensée au sujet du monde et de la solitude Nothing To Something & Vice Versa fait partie des textes les plus puissants, glissants sur un rythme plus langoureux et culminant sur une saturation sonore prenante : « We are one/But what a bunch we are/Selfishness blues being covered in tar ».

No Direction Home est une balade unique sur un beat de guitare et de basse très épurées, laissant imaginer un open mic de taverne particulièrement réussi : « You can steal from my pockets/You can eat off my bones/No heat, no love/No direction home ». C’est tout de suite après sur Fucker (stole my phone), que Laura décrit le calvaire vécu par plus d’un. Inutile d’en dire plus.

Du beau cynisme

Poursuivant avec un ton baveux très adéquat, Laura Sauvage, propose I.D.W.Y.S., le diminutif de I don’t want none of your shit. Assez dit.

On explore la peur de mourir seul, même quand on sait qu’il y a du monde autour sur Dying Alone et on termine notre périple avec un « wild session » de la pièce You’ve Changed qui figurait sur le EP sorti à l’automne.

Laura Sauvage emprunte la fougue des rock bands féminins des années 90 et y insuffle une bonne dose de modernité dans les arrangements, en plus de démontrer à nouveau que sa voix chaude, définitivement ancrée dans les basses, peut faire beaucoup de choses différentes.

Date de sortie : 25 mars 2016.