Les Anticipateurs – G.O.L.F.

Loin de s’en tenir à l’énorme succès de SAPOUD, paru il y a déjà trois ans, Les Anticipateurs remettent ça avec G.O.L.F. (Gangster Original de la Langue Française), une deuxième mixtape en quatre mois. Toujours aussi mordante et grossière dans ses textes, la bande hip-hop de Saint-Joseph-de-Sorel continue d’aborder ses thèmes de prédilection (la poudre, le steak aux œufs, les gros seins), en prenant soin d’ouvrir ses horizons musicaux.

Peu de groupes hip-hop satiriques québécois ont réussi à traverser les années en faisant évoluer leur concept avec un dynamisme soutenu. Au début des années 2000, Black Taboo avait bel et bien réussi à attirer l’attention d’un certain public avec son rap salace, mais avait eu de la difficulté à renouveler son approche, s’embourbant à travers une controverse médiatique dont il a eu de la difficulté à se remettre.

Grand chef du divertissement hip-hop francophone, le Roi Heenok a, de son côté, réussi à faire sa marque pendant plus d’une décennie grâce à un lexique particulièrement hilarant, qu’il a fait évoluer à travers le temps.

De la même façon (ou presque), Les Anticipateurs font leur bout de chemin partout au Québec depuis 2011. Fort de cinq projets qui ont obtenu un succès notable sur le web, le groupe s’est doté d’un public très fidèle qui, partout en région, se déplace en grand nombre pour voir le phénomène se produire en direct.

3 membres des Anticipateurs en spectacle. Ils portent des lunettes de soleil et des casquettes. On voit une partie de la foule à gauche.

Les Anticipateurs

Refrains pop ridicules

Prélude à La Coupe Stanley, deuxième album officiel qui paraîtra l’an prochain et qui bénéficiera possiblement du soutien de plusieurs producteurs locaux aguerris comme Tommy Kruise, High Klassified et Kaytranada, G.O.L.F. suit les mouvances de la précédente mixtape L’antichambre, parue en avril dernier, et s’écarte d’un son robuste au profit de mélodies plus chaleureuses et, surtout, de refrains pop ridicules mais efficaces.

À la fois influencée par le trap, le southern rap et le son west coast, la mixtape, qui ne contient aucune production originale, permet aux rappeurs d’essayer divers flows, pas nécessairement tous maîtrisés, mais assez divertissants et dynamiques dans l’ensemble.

L’Auto-Tune est utilisé à outrance sur la pièce-titre, en ouverture.

Hommage percutant au patelin de Saint-Joseph-de-Sorel, la chanson met la table pour Ouin, un hymne qui promet de faire un tabac en spectacle.

[youtube https://youtu.be/rfrRx-Ygtuc]

Pour les shows

C’est d’ailleurs dans cette optique que Tronel, Monak, Paquette, Riz-Boulet et Jean-Régis Lavoie ont probablement pensé la mixtape, qui contient un nombre important de refrains accrocheurs et de citations mémorables dont les fans raffoleront probablement.

« Ta bitch veut fumer un joint dans mon lit / Tu peux nous sentir de loin quand on chie », clame Tronel dans Je fume, ode à la marijuana.

« On met toujours d’la MDMA dans nos céréales / À ce qui paraît, ça protège des commotions cérébrales », ajoute-t-il sur la rétro funky Sorel, après s’être vanté de faire « plus de passes que Patrice Bergeron».

[youtube https://youtu.be/Fj3hRFV_j7o?list=PLZCBOAuLOqPWIpNRtfq5AtV0u-e1pbt_v]

Qualité diluée

Comme c’est le cas souvent avec Les Anticipateurs, beaucoup de chansons inutiles viennent diluer la qualité générale de l’album. Du nombre, Policier, FORD F-550 et Un bras d’distance n’ont pas grand-chose de nouveau à proposer et témoigne plutôt de l’incapacité chronique du groupe à filtrer son délire.

En même temps, c’est un peu pour ça qu’on continue d’écouter Les Anticipateurs – parce que, justement, le délire n’a pas de barrière.

Entre les steaks aux œufs,  les puffs de crack, le kush californien, le trafic de bottes de foin en Hongrie et les carrosseries de 30 000$, Les Anticipateurs poursuivent leur connerie avec une chimie toujours aussi vive.