Moonface - City Wrecker

Le EP City Wrecker de Spencer Krug (Wolf Parade), alias Moonface, est un endroit sinistre et lugubre! L’an dernier, avec Julia With Blue Jeans On, Krug nous invitait à nous asseoir à ses côtés sur le banc de son piano. Tout nous gardait à l’écart de l’œuvre étant donné l’extrême symbiose entre l'artiste et son instrument. City Wrecker repose quelque part, non loin de cette précédente parution.

Toujours hantées par les mélodies de piano, les pièces sont troublantes de vérité. À fleur de peau, le chanteur livre un texte qui semble arriver tout droit de sa mémoire, comme si rien n’avait été déterminé à l’avance. L’album s’ouvre sur The Fog. Tout ici est dramatique: le ton, le piano, le trémolo et les paroles : « She said I won’t love you to death if you don’t love me to death », peut-on entendre dans le refrain.

La pièce titre arrive ensuite sous le signe du remords profond. Sous forme de complainte, il demande pardon à Jenny qui a quitté Montréal à cause de lui : « Jenny Lee I know that my behavior was probably partly why you turned into a blade of grass and a blade of steel. I was a city wrecker then. »

Running In Place With Everyone s’entame telle une bande sonore de film d’horreur ou de suspense avec une rythmique de piano en crescendo qui annonce le pire. En répétant à perpétuité le titre de la pièce, il réussit à créer une récurrence agaçante, comme s’il souhaitait marquer nos esprits avec ce mantra.   Étrange longueur pour un EP de cinq pièces, City Wrecker se conclut par Helsinki Winter 2013, une pièce de plus de 8 minutes, et Daughter of a Dove qui dépasse le cap des 10 minutes. La colle est bien solide entre les notes du piano et les mots. Son œuvre est composée de ses mains sur les touches et de sa voix. Point. L’ensemble est parfaitement lié.

En tête-à-tête avec son piano, Krug nous amène dans une bulle hermétique. On se retrouve à l’orée de tout ce qu’il ressent, en communication directe avec ses sentiments. C’est un exercice intéressant, mais qui manque légèrement d’emballage. Le plongeon direct dans le réel et la vérité est toutefois intéressant. Et, au bout du compte, Spencer Krug n’est pas le genre de musicien qui s’enlise dans le moule. Reste à savoir quelle sera la prochaine facette de son art qu’il voudra bien dévoiler.