Oktoplut - Pansements

S'en fait des duos. Solids, Ponctuation, Rouge Pompier, La cloche et l’idiot, Alfa Rococo. S'ajoute à l'apte liste Oktoplut, une couplée au passé et à l'actualité punk (The Sober Dawn, Prevenge).

Et sur son premier album Pansements, le duo se tourne mûrement vers de lourdes mélodies stoner perméables qui doivent autant à ce que les médias traditionnels avaient à offrir de rock dans les 90s qu'aux esthètes contemporains à enchâsser une fibre pop dans le pondéreux, tels que Torche et Mastodon.

Comme chez bien des duos, l'offre est plurielle qu'a plurielle pour l'étalage de faire plus avec moins, à travers les ressources infinies du travail binaire, rapport que c'est combien plus facile de multiplier les avenues quand le consensus est isocèle. Y a les outils et la manière et ça rend la frappe vectorielle. Pansements est un album à la fois vaste et ouvert, qui travaille la notion d'espace, comme si les gars avaient l'avenance de penser à laisser une place à l’auditeur dans les tounes - c'est blood.

Les 13 morceaux de Pansements varient de 54 secondes à 9 minutes 33 pour un total de 57:24 (la version vinyle est d’ailleurs amputée de deux généreuses pièces, La terre ferme vs le vide et Sous le pont, mais ne on peut pas tout avoir pis rester sur la rue principale, comme disait papa), et la fuite s’entame avec les trois plus punks du disque pour absorber le choc (ce qui, proportionnellement, ne représente que le 1/6 de la durée totale), pour ensuite procéder à une sorte de ralentissement progressif afin de palier à la fatigue de l'odyssée – blood, je disais.

Les pièces sont généralement mécaniques dans leur durée, barrées dans leur vitesse. C'est dans le tramage d'icelles que l'album trouve son relief, à travers la fronde punk de Fuir, la force lyrique de Points punk, l'implosion de basses fréquences de Noir foncé, le lent vertige accompli de Sous le pont, le rock 90s poppy assumé de Sans compromis. Elles ont la force d'absorber chacune, à travers une poursuite si montagneuse et animale que ça devient une job d'en calculer la somme des parties. S’en dégage une générosité qui apparaît aussi satisfaisante chez l'auditeur que chez les musiciens, sans temps mort, des mélodies avérées et abouties porteuses d'un pathos bien placé qui traverse le quatrième mur. Ça se passe.

Il y aura des larmes, peut-être, même. Là où Solids favorise l'éclaircie hymnique, Oktoplut mise sur une lourdeur à vaincre par son propre feu. Un sentier sensiblement moins accessible, mais à l'objectif purgatif idem. Pansements présente autant de tripes que de savoir-faire, démontre une attention ténue portée aux textes, sous des thèmes d'accomplissement et de place à occuper, sur des compositions qui travaillent comme des muscles qui savent se relâcher, et l'exercice s'affranchit tout au long de l'album, incalculable, assuré.

Pis, oui, même le mentionné détour davantage accessible de Sans compromis confondra le sceptique après une couple d'écoutes. Rapport que ça se passe. Pansements c’est un album qui grandit sur toi, avec une force lyrique puisée profond dans le québ à la Gerry, et un focus à travers les traversées.

Ça se ramasse dans la pile des albums de rock franco de l’année, pour sûr.